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Memorial Acte
Réflexion sur le Memorial ACTe

La première pierre du Mémorial ACTe a été posée en 2008 et depuis, les autres pierres manquaient à l’appel jusqu’à 2013. Ça y’est, le chantier a été lancé et le grand mémorial sera inauguré le 10 Mai 2015 en présence du Président de la République, François Hollande.

Je vous invite à mettre des fils barbelés sur des boîtes noires et vous aurez une réplique du mémorial fait maison. D’un point de vue architectural c’est un peu ce à quoi ressemble ce mémorial : Des boites noires, surmontées de racines en acier. « Ces racines confèrent ainsi une forme épurée, dynamique et résolument moderne au bâtiment, signifiant que le passé permet de mieux appréhender le présent et de se tourner vers le futur. [...] Elles suggèrent une croissance, un élan, un mouvement » [source]Ses formes épurées s’étendent le long du trait de côte pointois sur 260 m de long. Le bâtiment en cours de finition est en contraste avec le reste de la ville et le sera aussi la nuit, avec un éclairage spécifique.
Il semble qu’on ait ici ce qui pourrait ressembler à un flagship project sous les latitudes tropicales, au coeur de l’archipel guadeloupéen. Il s’agit de ces grands projets fédérateurs, qui changent l’image marketing de la ville et génèrent une attractivité. On rechercherait l’effet Bilbao avec le Guggenheim Museum.

Le Memorial ACTe se traduit par « Centre caribéen d’expression de la mémoire de la traite et de l’esclavage (M.ACTe) ». Il s’agit donc d’un « centre caribéen », dans une Guadeloupe relativement isolée du reste de la Caraïbes à dominante anglophone et hispanophone, avec laquelle les liaisons aériennes sont limitées. Outre ce petit détail, ce projet est souvent abordé par la presse sous son aspect symbolique, sociétal et suscite des questions:

Que mettront-ils à l’intérieur ?  Encore l’esclavage ?  On compte quand se projeter vers demain ?
Va-t-on vers le développement d’une pensée unique ?
Quelle place pour l’éducation ?
Est-ce un projet guadeloupéo-centré ?

La cerise sur le gâteau est qu’il semble que ce soit un indépendantiste qui aurait eu l’idée de ce mémorial depuis 1998. Est-ce donc un projet d’endoctrinement politiquement orienté ?
Si ce mémorial veut être un succès il doit concerner tout type de visiteurs, d’autant plus que « la visée à la fois humaniste et universaliste du projet et les prévisions de fréquentation du site imposent que le M.ACTe s’adresse également aux autres communautés humaines » [BMC – Le courrier de l’architecte]

Ce mémorial est situé sur l’ancien site de l’usine Darboussier à Pointe-à-Pitre, un site gagné sur la mer, si bien que pour un éditorialiste (pour qui le bokit semble être passé de travers) il commencerait à s’enfoncer sous le poids de la structure métallique. Cherche-t-il à faire le buzz ? Autrement, autant en profiter un maximum, n’est ce-pas ? J’espère que vous qui lisez ces lignes, irez gonfler les statistiques de visites pour la première année uniquement. L’un des défis de ce mémorial est effectivement de devenir  un lieu visité sur le long terme, il faudra veiller à en faire un lieu central et animé de l’archipel. Souhaitons bonne chance à ce mémorial sur un archipel de 400 000 habitants accueillant moins de 500 000 touristes de séjour, mais le challenge est accepté.
Ce mémorial se veut aussi un lieu de réconciliation, sur 2500m² relié à une colline par une passerelle. Cette colline servira de jardin mémoriel, pour qui voudrait méditer tout en contemplant Pointe-à-Pitre décrépite, mais aussi ces quartiers rénovés voisins directs du mémorial. Vous le verrez de vous-même il règne une atmosphère de « ville-nouvelle » aux abords de ce mémorial. Après tout n’est-il pas un tremplin pour imaginer la société de demain ? Certes, la rénovation urbaine n’est pas forcément le meilleur exemple, mais l’idée est là !

En tant que jeune antillais, je souhaite que ce mémorial nous libère la pensée en laissant la place à l’imagination d’abord, et non à la transmission d’un message distillé par des « intellectuels ». Un mémorial c’est avant tout fait pour s’approprier son passé, s’interroger sur sa propre condition et finalement en sortir en ayant l’impression d’avoir cultivé un avis ou une identité.

Je ne suis pas contre ce mémorial, il est juste démesuré et ne répond pas aux besoins immédiats de la population d’un point de vue socio-économique et environnemental.

Dans cet article les mots en gras soulignent mes principales idées, sur le Mémorial ACTe: « Ses formes épurées changent l’image marketing de la ville. Il doit concerner tout type de visiteurs devenir un lieu visité sur le long terme, un lieu central et animé de l’archipel, un lieu de réconciliation un tremplin pour imaginer la société de demain en laissant la place à l’imagination. »

J’en conclue que je ne me démarque pas non plus du débat sociétal que génère ce bâtiment et que s’il fait parler de lui c’est qu’il intéresse.

Finalement je vous propose de finir avec  la composition du complexe :

  • un bâtiment principal offrant 1700 m2 d’exposition permanente
  • 700 m2 d’exposition temporaire
  • un restaurant gastronomique
  • un espace de recherches généalogiques
  • une médiathèque
  • une salle des congrès modulable pour accueillir spectacles, conférences et autres événements.
  • un embarcadère de 60 m de long arrimé à la rive par des bracons pour des navettes à passagers jusqu’à 20 m.

Coût du projet : 40 millions d’aides + un investissement de 60 à 80 millions

 

 

En image à la une  : Illustration réalisée par Pixym

Quelques sources intéressantes :

http://www.memorial-acte.fr/

https://frereindependent.wordpress.com/2011/07/18/l-indispensable-memorial-act/

http://www.cyberarchi.com/article/le-memorial-acte-une-fondation-pour-la-societe-guadeloupeenne-12-06-2008-11695